Ruines, Alsace et environs, 2006–2011

Photographies : Stéphane Louis, textes : Hervé Lévy

Sacré
Retour à l’opposition entre l’auteur du Dictionnaire raisonné de l’Architecture française du XIe au XVIe siècle, Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) et son contemporain le Britannique John Ruskin (1819-1900). Pour le premier restaurer un édifice « ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ». Le second rappelle, dans Les Sept lampes de l’Architecture que restaurer un bâtiment est « aussi impossible que de ressusciter les morts ». On peut ainsi – on doit – laisser mourir les constructions humaines, de leur belle mort. « Muß es sein ? Es muß sein ! ». La ruine, en se dégradant conserve intact l’esprit de ceux qui l’ont imaginée, construite, puis, par ricochet, habitée. Pénétrer dans ces lieux où règne le silence, c’est aussi entrer dans une sphère sacrée. Cela s’apparente souvent à un viol. Rien d’innocent là-dedans. Il est nécessaire d’en avoir une conscience aigüe à chaque fois.






Sombre
Une Alsace (encore) riche et prospère. C’est encore une image d’Épinal qui, parfois, au fil des pages économiques dans la presse locale se craquelle. Un peu, beaucoup, passionnément… Nous avons voulu aller à la rencontre de la face sombre de la région, balancer en pleine lumière la noirceur qui se dissimule derrière les champs de maïs et la tristesse que cachent des “villages musées” aux colombages rutilants. Nous avons ainsi arpenté la région à la recherche d’espaces en déliquescence. Et nous les avons trouvés par dizaines, bien plus nombreux que nous les imaginions tout d’abord. Une véritable armée endormie. « Ciments huileux, plâtras pourris, moellons fendus / au long de vieux fossés et de berges obscures / lèvent, le soir, leurs monuments de pourritures ». (La Plaine d’Émile Verhaeren dans Les Villes tentaculaires). Ils sont présents, quelque part dans l’ombre du soleil. Froids. Puants. Spongieux, parfois.